Il faut lire cet unique livre de Jean Rodier, En remontant les ruisseaux, sur l'Aubrac et la Margeride (L'Escampette, 2010), trésor d'observation, d'attention, d'osmose avec la nature, de présence au monde qui nous entoure, à ce qui vient, passe, file, glisse entre nos jambes, et grouille autour de nous, à ce que nous ne savons plus voir ni entendre, ni sentir, ni goûter. C'est aussi tout un langage, un vaste et incroyable vocabulaire qui est ressuscité là et qui rend visible un monde véritablement merveilleux. Hymne à la nature et sensible alerte face à ce que nous saccageons, par ignorance, par bêtise. Invite à la contemplation, à l'écoute, au ralentissement du temps, et au silence.
Extrait (p.100): "En remontant au hameau j'effleure des lambeaux de pin sylvestre. Après avoir mis mes farios au frais pour le dîner, je me dirige vers les bois, entre dans le bloc d'odeur stagnante qui s'effiloche sur les lisières. Admirables pins sylvestres, chétifs et tordus dans la lande, poussant leurs hauts fûts dans la forêt, cassant sous la neige, exhalant leur résine sous le soleil de midi, aux branches légères ébouriffées d'usnées, laissant entre eux de grands espaces clairs, où poussent des fougères, des myrtilles, des genévriers, des morceaux de granit incrustés de lichens, des épilobes, de fines graminées que dévorent les chevreuils et que viennent paître les vaches. Il me semble que quelques creux de mousse gardent des odeurs de femmes."
Merci à Claude Rouquet encore une fois pour ce trésor qui mérite de nombreux lecteurs encore.