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    Figurez-vous une soupe claire


    Subtilement nacrée d'une charge nutritive. Une sorte de bouillon aveugle, à peine épaissi d'extraits de pommes de terre et de poudre d'algues qui aurait pris consistance après quelques tours d'ébullition sur le feu. Il aurait été versé dans des moules à manqué de diamètres progressifs, et sitôt refroidi, il aurait recueilli les poussières ambiantes toujours promptes à se poser.

    Dans la touffeur silencieuse d'une bâche de forçage, ce brouet les aurait abritées et nourries. L'élevage des poussières, si souvent annoncé, se serait enfin accompli et, à couvert, une colonie industrieuse de champignons colorés se serait déployée en de somptueuses catastrophes alimentaires délicatement duvetées.

    Figurez-vous la peau que fait l'eau du riz.

    Impeccablement tannée par la dessiccation. Une sorte de crêpe maintenant criblée de taches qui se dégradent doucement vers le gris ou le brun depuis un centre noir. Au terme de leur développement, les champignons dominants, dans leur occupation jalouse du territoire, n'ont cédé que quelques espaces résiduels où se réfugient des îlots de rose vif et de jaune pur.

    Depuis les grandioses expériences de cultures radio-telluriques en plein champ de Courtial des Pereires, en passant par la composition plus heureuse des plaques autochromes des frères Lumière, la pomme de terre détournée de la table, confirme ici son bienveillant soutien aux chercheurs visionnaires. C'est encore elle, l'ombrageuse, la modeste, qui, sur son voile de fécule, porte la vraie image en couleurs, l'apparition sidérante de la nature à l'œuvre.

    Mais sur cette pellicule ultra sensible où l'on se plait à voir de prime abord le détail d'une fascinante cartographie, se lit aussi, quasi latente, une image, plus troublante encore. Celle d'une demeure, d'une ville, d'une saison, d'une forêt au loin, d'un rivage... Non pas dépeints dans leur apparence immédiate, mais dans l'exacte matérialisation de leurs effluves. Dans le chaos des moisissures, se révèle alors, en un paysage fidèlement transposé, l'esprit du lieu où l'on coula la soupe.

    Figurez-vous maintenant une forme en gelée.

    Sans gelée. Une sorte d'aspic rond et sec, constitué par la superposition de fines tranches ocellées miraculeusement proches et pourtant séparées par une couche d'air, comme prises dans un appareil invisible. Chaque étage, d'une minceur extrême, déploie ses propres ornements, et laisse néanmoins deviner, en un écho translucide, le plan horizontal de l'étage voisin. Dans l'addition de ces paliers confondus, une sphère feuilletée apparaît, évidente, comme délivrée de toute pesanteur. Solidifiée par son impeccable unité chromatique, elle se perçoit comme un seul organisme, un seul et même champignon idéalement épanoui, calé dans une boite de Pétri à sa mesure. Elle porte en elle, archivé sur des claies de cristal, le souvenir déshydraté de ses états antérieurs et, sereine de son énergie intacte, elle attend, en dormance, la prochaine étape d'un cycle de sa vie.


    Texte de présentation de " Sphère 1" de
    Mourad Messoubeur
    2005, 51 X 51 x 51cm
    Culture de champignons à base d'extraits de pomme de terre
    et réactif sur plexiglas, cube en verre cristal.
    in catalogue de l'exposition
    "20/Vingt, l'oeil gourmand"
    E.S.P.A.C.E. Peiresc TOULON - France
    17 février - 26 mai 2007

    avec l'aimable autorisation de l'artiste


    copyright Mourad Messoubeur, 2007



    Gilles Boudot

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