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    Le crime d'Althusser

        Le 16 novembre 1980, Louis Althusser, célèbre philosophe français, professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Paris, étrangle sa femme. Quelques mois plus tard, il est reconnu malade mentalement, et par conséquent non responsable du meurtre. Le meurtre et la reconnaissance de la maladie mentale de Louis Althusser comme sa cause, enferment le philosophe dans le silence, plus encore ils lui ôtent sa qualité de philosophe. Il mourra en   1990. En 1992 pourtant, deux autobiographies de Louis Althusser paraissent : Les Faits écrite en 1976, puis la seconde et la plus importante, L'Avenir dure longtemps, qui fut écrite cinq ans après le meurtre. Les deux autobiographies racontent l'histoire de Louis Althusser à travers le prisme psychanalytique et elles ont toutes deux la même interprétation. Pourtant la seconde, la seule achevée, devait servir d'explication au meurtre, permettant au philosophe d'être réhabilité à exercer son métier. Je vais donc parler principalement et plus particulièrement de cette dernière autobiographie. Après le meurtre, la limite entre le privé et le public n'est pas claire dans la vie d'Althusser. En écrivant une autobiographie, il participe à renforcer le mélange entre les deux. Pour lui, donner sa version plutôt que de laisser d'autres parler à sa place, lui permet d'être à nouveau considéré comme responsable, donc de pouvoir à nouveau parler de philosophie. D'étaler au grand jour son histoire montrerait que toute sa personnalité n'est pas folle. Il n'a pourtant jamais publié ses autobiographies. L'objectif de L'Avenir dure longtemps est double : il veut être réhabilité à travailler en présentant son histoire comme un cas généralisable, comme une archive. Il ne tiendra pourtant pas son pari. Comme nous le verrons plus tard, son histoire est celle d'un être très particulier, difficilement «généralisable», et auquel il est difficile de s'identifier.



     


     


     


     


     


     


     


        Pourquoi faire ce travail sur Louis Althusser ? Tout d'abord, et étant donné qu'une sanction juridique rend ce qui est supposé comme ce qui est, Althusser est désormais connu comme philosophe et comme malade mental. Deuxièmement, il était un homme célèbre ayant commis un crime qualifié de pathologique. Sa célébrité, le meurtre qu’il a commis et sa maladie mentale sont les trois conditions nécessaires pour motiver un travail sur Louis Althusser, dix ans après sa mort mais surtout vingt ans après son meurtre et sa disparition professionnelle. Ensuite, il reste une énigme, une question à laquelle personne ne peut répondre : pourquoi Althusser a-t-il tué sa femme ?

        La première partie de ce travail est consacré à la lecture de la presse de 1980, au moment du meurtre, et en 1992 à la parution des autobiographies. Cette lecture permet de percevoir l'image que la presse reflète de Louis Althusser, les définitions qui lui sont adressées à la suite des deux évènements. Il est évident que ce qu'a pu dire la presse de l'époque, particulièrement celle de 1980, a influencé la carrière professionnelle de Louis Althusser. La presse de 1992 n'a pas eu d'effets sur le philosophe puisqu'il était mort depuis deux ans. Ce point de vue forme un premier cercle autour de lui qui le situe comme personnage public. La deuxième partie est consacrée à une lecture linguistique de l'autobiographie L'Avenir dure longtemps. Elle forme un deuxième cercle concentrique qui se dessine un peu plus près de Louis Althusser. Comment il décrit le meurtre qu’il a commis, comment il se situe lui-même par rapport au drame, et comment il situe ses lecteurs sont les trois aspects que j’ai étudiés ici. Enfin, je présenterai l’analyse de l'autobiographie dans son ensemble : elle repère comment Althusser circonscrit les événements de sa vie par le biais de son écriture. Dans la troisième et dernière partie de ce travail, j’aimerais rapporter deux explications et quatre interprétations psychanalytiques - dont deux propositions du couple Althusser lui-même - faites au sujet du meurtre. Mon intérêt est de voir les différentes versions élaborées autour du personnage d'Althusser.
        La question de la vérité motive ce travail. Ci-dessus, je disais que l'énigme du «cas Althusser» ne serait pas résolue; elle contient néanmoins la question du vrai ainsi que celle de la normalité. La question de la normalité est d'autant plus prégnante que Louis Althusser faisait partie de la catégorie sociale qui définit pour une part, ce qu'est la normalité : il était professeur. Jusqu'au meurtre, il n'est pas considéré comme fou par la société, sauf par le petit cercle médical qui s'en est occupé. Mais à partir de ce moment, tout ce qui était considéré comme acquis, comme intrinsèque à sa personne, bascule du côté de la folie. Voyons donc comment Louis Althusser réussit à faire parler de lui encore de nos jours !


    1. Althusser, maniaco-dépressif

        Si Althusser a été diagnostiqué psychotique maniaco-dépressif, c'est qu'il a été traité par des psychanalystes, Laurent Stévenin et René Diatkine. C'est donc à ce courant que se réfère son diagnostic. A ma connaissance, en dehors des cliniques où il séjourna une grande partie de sa vie adulte, il n'eût pas à prendre de médicaments. Il se rendait uniquement chez son psychanalyste. Son premier psychanalyste, Laurent Stévenin pratiquait une psychanalyse toute personnelle : il faisait des analyses sous narcose. Althusser entretenait également des relations avec des médecins soviétiques qui lui envoyaient des ampoules de sérum de « Bogomoletz»(1) qui servaient pour toutes les maladies (Althusser, 1994). Par ailleurs, dès sa première hospitalisation, il subit des électrochocs (sans anesthésie au début de sa maladie dans les années 50). En 1980, après le meurtre, il reçut encore quelques électrochocs. Althusser était atteint de mélancolie grave résistant certainement aux médicaments, mais il n'eut pas la chance de faire partie de la majorité des personnes qui guérissent de mélancolies suite aux électrochocs. L'article 64 du code pénal français permet aux criminels atteints de démence de profiter de soins psychiatriques, plutôt que de suivre le circuit judiciaire et pénitentiaire habituel. Quelques mois après le meurtre, Louis Althusser sera soumis à cette loi, c'est pourquoi il n'ira jamais en prison mais demeurera durant deux ans dans un hôpital psychiatrique. Il réintègra ensuite son nouveau domicile en octobre 1982 et mourut le 22 octobre 1990 des suites d’une crise cardiaque. Il était alors dans une maison de retraite depuis juin parce que son état physique se dégradait.

    2. Analyse de la presse

        J’ai fait la lecture des articles parus dans Le Monde, le Nouvel Observateur et dans L'Express, suite au meurtre d’Hélène Althusser, le dimanche 16 novembre 1980, et suite à la parution de ses deux autobiographies, en avril 1992 (2). Il m’a parut intéressant de lire les journaux de  l'époque du crime et de la parution des autobiographies de Louis Althusser, afin de voir ce qu'ils ont dit à l'époque des faits, comment l'affaire a été traitée, quelles ont été les définitions données à Althusser, comment ces dernières ont évoluées.

        1980 : La presse et le meurtre

        Suite au meurtre d'Hélène Althusser, du 18 au 21 novembre1980, Le Monde publia chaque jour un article ; il en publia un autre le 29 novembre. Le Nouvel Observateur publia un article la semaine du 24 au 30 novembre. L'Express ne publia aucun article. L’événement a donc intéressé la culture et de gauche plutôt que les intérêts plus économique et politique. Dans les articles parus, les causes du meurtre sont principalement recherchées dans sa maladie mentale. Diverses hypothèses sont élaborées à propos de sa maladie : souffrait-il de psychose maniaco-dépressive ce qui l’aurait amené à un «suicide altruiste» qui consiste à tuer ses proches afin de les délivrer des tourments de la vie ? Etait-ce la schizophrénie, la paranoïa ou un état de confusion mentale ? Louis Althusser reste néanmoins défini comme philosophe et communiste, mais son passé est relu dans la perspective du meurtrier et du fou qu’il est devenu après le crime. Il faut aussi souligner qu'à la suite du meurtre, la presse qui s'est emparée de l'affaire a transformé le statut de la célébrité de Louis Althusser : il était alors très  connu dans la communauté intellectuelle et politique ; après le meurtre, il devint connu auprès du tout public. L'affaire ne fit pourtant pas le tour de toute la presse, puisqu'elle n'intéressa pas le magazine L'Express. On s’aperçoit que la sphère publique contribue à le définir. Cette dimension publique explique la publication des autobiographies et les réactions qu’elles ont suscitées. Elle formera l’amorce de l’autobiographie L’Avenir dure longtemps dans l’avertissement qui l’introduit ainsi que dans le deuxième chapitre (3).

        1992 : La presse et les autobiographies

        J’ai trouvé des articles entre le 23 avril et le 19 juin 1992 concernant la parution en avril 1992 des deux autobiographies de Louis Althusser et de la biographie de Yann Moulier Boutang. Me basant sur la quantité, la longueur des articles et la présence d'articles dans tous les journaux consultés, je pense que ces parutions posthumes ont été plus médiatisées que le meurtre lui-même, mais dans un registre différent. En effet, tous les articles sont tirés du cahier spécialisé en littérature, de chacun des journaux. Aucun journaliste n'a mis en doute l'interprétation du roman familial que Louis Althusser donne dans ses autobiographies. Il existe cependant des divergences sur la manière de les considérer.
        Deux articles consultés sur quatre restituent l'histoire du philosophe, et trois sur quatre proposent un parallèle entre la philosophie et la folie chez Althusser. Seul l'article de L'Express ne s'attarde que peu sur ses affres personnelles, laissant une plus grande place à sa philosophie et à sa politique française. Louis Althusser est surtout défini comme philosophe. Rappelons que l'une de ses définitions dès 1980, est celle de meurtrier, mais pour la presse de 1992, quoiqu'étant le motif de l'autobiographie, cet aspect est secondaire. Je n’ai trouvé qu’un article lié à la parution du livre. Il s’agissait d’un entretien du journal Le Monde, avec le  neveu de Louis Althusser, son seul héritier qui s’était occupé de tous ses textes. Ni les amis de Louis Althusser, ni ses collègues philosophes et communistes, ni la justice ne sont sollicités à se prononcer sur les autobiographies. Par ailleurs, et contrairement à la presse de 1980, je n’ai pas trouvé de remarque concernant Hélène Althusser, seule une photo a été publiée en 1992. Le meurtre ne définit plus autant le philosophe comme meurtrier mais semble peu à peu être utilisé comme un révélateur de la maladie mentale du célèbre philosophe. L'un des attraits inavoués de l'autobiographie est une certaine forme de voyeurisme inévitable pour le lecteur, l'autobiographie étant elle-même écrite sur un mode exhibitionniste. C'est peut-être cet aspect peu «intellectuel», qui pousse les journalistes à des commentaires critiques, à propos du changement de registre de genre adopté par Althusser. Tout se passe comme si quoiqu’il en dise, Althusser avait accepté d’être une pathologie d’abord et non une philosophie. La presse commentant la parution de l'autobiographie, accepte désormais la version d'Althusser sur sa maladie mentale, comme explication au meurtre, et cette fois, s'y inspire pour en faire des parallèles avec sa philosophie. Louis Althusser, en tant que philosophe et en tant que meurtrier, est peu critiqué après son crime. Il l'est davantage en 1992, essentiellement pour sa philosophie.

        Le meurtre qu’a commis Louis Althusser a tout de suite été interprété comme le fruit de sa folie, avant même que son acte ait été décrété comme irresponsable par la justice française.Néanmoins, alors qu'il est mort depuis deux ans, lors de la parution de ses autobiographies, il n'en reste pas moins toujours un grand philosophe. Le regard porté par la presse (une partie de la presse) sur les deux événements que sont le meurtre et la parution des autobiographies, est généralement assez complaisant avec Louis Althusser.

    3. Analyses des textes autobiographiques de Louis Althusser

        Cette analyse fournira des éléments de l'écriture, qui permettront de voir comment se situe l'écrivain par rapport à ce qu'il dit. Beaucoup d'écrivains utilisent l'écriture pour faire passer un «sentiment» qui corrobore avec les idées du texte (4). J’ai choisi de faire l'analyse discursive du premier chapitre de l'autobiographie de Louis Althusser parce qu’il y décrit comment s'est déroulée la mort par strangulation d'Hélène Althusser, selon Louis Althusser. En outre, sans meurtre, il n'y aurait certainement pas eu d'autobiographie. Tout le livre de l'autobiographie est motivé par le meurtre, c'est pour cela qu'Althusser commence avec son récit. L'analyse qui suit sortira les lignes générales du texte, c'est-à-dire la position que prend Louis Althusser dans le récit du meurtre, et celle qu’il donne au lecteur de cette scène. Il s’agit de saisir dans l'écriture du philosophe ce qu'il peut dire du meurtre. Louis Althusser a une manière très particulière d'écrire, choquante parfois. L'analyse du texte permettra de relever ce qui donne cet effet à la lecture. De plus il est peu courant qu'un philosophe fou étrangle sa femme, puis fasse le récit du drame. Quelque chose de l'ordre de la fascination, du voyeurisme m’a certainement poussé à faire cette analyse. Eric Marty a sans doute eu ce sentiment particulier en lisant l'autobiographie. Dans une deuxième partie, nous verrons qu’il a trouvé dans l'autobiographie trois figures de styles, particulières et répétées, qu'il a comparées au reste du texte, écrit sur le mode psychanalytique.

        Analyse discursive du meurtre, tel qu'il est écrit par Louis Althusser

        Il faut d’abord relever que Louis Althusser a choisi de décrire le meurtre. Il aurait très bien pu faire une autobiographie ayant pour cause le meurtre, mais sans en restituer la scène et sans la placer en ouverture. Parce qu'il écrit la scène du meurtre et parce qu'il l'écrit à la première personne du singulier, il introduit le lecteur comme observateur et voyeur de la scène, produisant une focalisation interne qui invite le lecteur à participer à la scène.
        L’autobiographie est précédée d’un avertissement : Althusser, s’adressant au lecteur, y définit son livre comme la comparution au procès qu’il aurait eu, s’il n’avait pas été reconnu irresponsable du meurtre qu’il a commis. Les dernières phrases du livre répondent étrangement à ces premiers mots : toujours s’adressant au lecteur, il fait un appelle à tous ceux qui en sauraient plus que lui, afin qu’ils parlent car cela l’aiderait à vivre. Le ton change entre le début et la fin du livre, et de quelqu’un qui sollicite un plaidoyer, Althusser modifie sa position, en se mettant à la place du pauvre quémandeur.
        Le premier chapitre de L'Avenir dure longtemps est le récit de la scène du meurtre. Il comporte deux parties : l'introduction, le moment où Althusser situe son propos, et la scène du meurtre proprement dite, formant un récit enchâssé quand Althusser se remémore les événements de son passé. Ce récit enchâssé est le propre de nombreuses autobiographies, puisque n'étant pas mort, l'écrivain doit ancrer le discours dans son présent. A partir du présent, il fait le récit du passé. Dans la première partie du chapitre, Althusser explique quels furent pour lui les objectifs qu'il a poursuivis au moment de l'écriture : Il va dire au lecteur «quand et comment» s'est déroulé la scène du meurtre. Il nuance pourtant son propos, en précisant qu'il s'agit d'un souvenir, et qu'il va le raconter tel qu'il l'a vécu. De plus le lecteur ne doit pas voir dans le récit, une reconstruction pour le texte, car il a accès directement au souvenir : ce dernier est «intact et précis, jusque dans ses moindres détails, gravé en moi (Althusser) au travers de toutes mes épreuves et à jamais» (Althusser, 1994, p.33). Althusser veut donc offrir une sorte de témoignage, puisqu'il a vécu la scène et s'en souvient jusque dans ses moindres détails. De ce fait, il introduit une mise à distance entre lui et les faits. L'introduction n'est formée que de deux phrases, la première, très longue, couvre quatre lignes, tandis que la deuxième équivaut à une ligne. Elles sont séparées par «deux points», la deuxième précisant la première. La «base» de la première phrase est entrecoupée de descriptions, rendant difficile la compréhension de son propos. Il semble qu'Althusser  lui-même ne parvienne pas à écrire la suite de sa phrase puisqu'il ne la termine pas. Voici la base de sa phrase : «Tel que j'en ai conservé le souvenir intact et précis jusque dans ses moindres détails, (...) je vais dire quand et comment :» (Althusser, 1994, p. 33) Le lecteur la reconstruit aisément grâce à la deuxième phrase : «Voici la scène du meurtre telle que je l'ai vécue.» (Althusser, 1994, p.33). Le tout, lorsqu'il est lu assez vite, ne donne pas l'impression que cette première phrase n'est pas achevée. La scène du meurtre, dit Althusser se déroule entre deux nuits : «(...) entre deux nuits, celle dont je sortais sans savoir laquelle, et celle où j'allais entrer (...)» (Althusser, 1994, p.33). La scène du meurtre se passe donc le jour. Où est-ce plutôt à la lumière du jour, dans le sens qu'elle serait le symptôme visible des deux nuits, de sa folie ? Comparons l'introduction du récit à la scène du meurtre, c’est-à-dire au récit lui-même. Selon les travaux de E. Benveniste, le discours est un plan d'énonciation lié à l'instance d'énonciation, tandis que le récit en est totalement coupé. L'introduction correspond plutôt au discours : Althusser utilise l'embrayeur «je», la périphrase verbale «vais dire», la déictique «voici». Nous sommes bien au moment présent de l'énonciation : le temps des verbes sont le présent de l'indicatif et le passé composé. J’ai dit ci-dessus qu'il s'agissait «plutôt» d'un discours. En effet, le passage où Althusser décrit son souvenir comme étant «entre deux nuits», correspond plus au récit. On attend généralement d'une autobiographie que la vie du sujet soit racontée sous la forme de récit, puisque le moment de l'énonciation ne correspond pas au temps des faits qui sont relatés. C'est ce que fait Althusser dans les chapitres qui relatent sa vie. Mais la scène du meurtre, elle, n'est pas écrite comme le reste du livre. Elle est écrite au présent de l'indicatif et au passé composé. Le présent n'est pas, comme l'exige le récit, un présent historique. En utilisant la forme du discours, Althusser confère à son texte, à son passé, une vibration particulière, l'impression pour le lecteur de vivre la scène en direct. Seules quelque phrases nous rappellent que nous lisons une histoire déjà terminée : «c'était le dimanche 16, vers neuf heures du matin», «Plus tard je comprendrai qu'il a dû téléphoner», «je ne sais quand».
        Voici la suite des événements dans la scène du meurtre, cet unique «jour» dans la vie d'Althusser :


    Soudain, Althusser est debout dans sa chambre, Hélène est couchée sur le dos.
    Althusser est agenouillé et masse son épouse.
    Soudain, il est frappé de stupeur, il a déjà vu un mort mais jamais le visage d'une étranglée.   
    Il se précipite jusque chez le Docteur Etienne : «J'ai étranglé Hélène !»
    Le docteur et Althusser redescendent jusque devant Hélène. Le docteur l’ausculte, mais c'est trop tard, on ne peut la    réanimer.
    Le docteur le laisse seul, les rideaux rouges de la pièce pendent, Jacques Martin (5) s'est suicidé avec une longue tige d'une rose écarlate sur la poitrine, Althusser pose un pan du rideau, de l'épaule à la poitrine de sa femme.
    Le docteur revient et lui fait une piqûre, Althusser sombre alors dans la nuit jusqu'à son «réveil» à l'hôpital.


    Les aspects frappant dans cette scène sont les suivants : tout d'abord, Althusser est absent du meurtre. Le meurtre se déroule sans lui : il masse sa femme, puis elle est morte. Son absence, ou la distance qu'il prend par rapport aux événements se voit aussi par un effet de style déjà remarqué dans l'introduction : Althusser s'échappe au milieu de ses phrases en se perdant dans de longues descriptions. Lu rapidement, ce n'est pas quelque chose qui choque : il promène le regard du lecteur dans des détails très bien décrits. «Un jour gris de novembre - c'était le dimanche 16, vers neuf heures du matin - vient à gauche, de la très haute fenêtre, encadrée depuis très longtemps de très vieux rideaux rouge Empire lacérés par le temps et brûlés par le soleil, éclairer le pied de mon lit.» (Althusser, 1994, p.33). Il s'absente aussi dans son plaisir à tout raconter jusqu'aux détails. Par exemple, il a appris à masser d'un «camarade de captivité, le petit Cler, un footballeur professionnel, expert en tout.» (Althusser, 1994, p.33). Il s'attarde dans l'association d'idées qui ont précédées son geste recouvrant la défunte du rideau. Althusser s'absente également dans sa façon de faire des sauts, d'oublier de décrire une étape de l'action : «Devant moi : Hélène» (Althusser, 1994, p.33), il oublie de dire que c'est lui qui voit Hélène. Il aurait pu écrire : «Devant moi, je vois Hélène». Un peu plus loin dans le récit, ce même phénomène apparaît : Althusser était debout, et soudain il est agenouillé. Il manque la description de l'action de s'agenouiller. Très souvent, il oublie d'expliquer la causalité des événements, comme si les événements se faisaient tout seuls. La scène débute ainsi : «Soudain, je suis debout». On ne connaît pas le contexte de cette phrase, elle apparaît comme un plan de film, sans que l'on ne puisse imaginer comment cela se fait qu'il soit debout. Plus loin, il dit aussi : «Il m'est souvent advenu de lui masser le cou.» Le verbe «advenir» est singulier, celui «d'arriver» paraît plus adéquat. Un massage qui «advient» semble être un accident, un imprévu. Son absence encore quand il écrit : «Je ressens une très grande fatigue musculaire dans mes avant-bras.» (Althusser, 1994, p.33-34) et ensuite : «Le visage d'Hélène est immobile et serein, ses yeux ouverts fixent le plafond.» (Althusser, 1994, p.34). Althusser d'abord a mal, et ensuite il voit les yeux fixes. Ainsi, d'abord, il ressent et ce n’est qu’alors qu'il se demande quelle en est la cause. La cause est qu'il a étranglé Hélène, ce qui a provoqué sa mort. Mais jusqu'à la fin du deuxième paragraphe suivant, il ne le dit pas. Le meurtre lui-même, par l'absence d'Althusser durant le meurtre, apparaît sans cause, permettant de douter que ce soit Althusser qu'il l'ait commis. Tous ces éléments relativisent l'idée de la fiabilité du témoignage. Il manque des détails, la progression n'est pas structurée, Althusser semble être «à rebours» des événements. Cela donne l'impression qu'Althusser est flou, embrouillé.
        Ce qui ne peut être retranscrit dans la suite des événements telle que je l’ai fait, c'est le style très littéraire que le philosophe utilise. Par son style, mais aussi parce qu'il utilise le «je», sans que le moment de l'énonciation n'apparaisse trop, Althusser se distancie du texte au profit d'un rapprochement vers le lecteur. Louis Althusser raconte donc la scène comme s'il s'agissait d'un nouveau roman, nous introduisant dans le moment présent des faits. Mais l'effet qu'il en donne n'est pas l'horreur que doit être pour un homme de tuer sa femme. Il s'attarde plus sur des souvenirs personnels, sur les conséquences du meurtre : la nuit dans laquelle il est plongé. Il apparaît comme étant lui la victime, puisqu'il n'a pas assisté au meurtre (il ne l'a peut-être pas commis) et puisqu'il souffre depuis et à jamais de vivre dans la nuit. S'il n'est pas lui-même une victime, il est dans tous les cas très passif quant à ce qui lui arrive. Louis Althusser ne partageant pas ses regrets avec ses lecteurs, ce qui est encore une manière de ne parler ni du meurtre ni de la victime. Cela se fait au détriment de cette dernière, Hélène Althusser, qui est l'oubliée. Hélène est même déjà morte avant le meurtre étant donné les verbes qu'Althusser utilise pour la décrire avant de l'étrangler : Hélène est couchée sur le dos, son bassin repose sur le lit, ses jambes abandonnées. De plus elle ne réagit pas aux massages, ni à 'étranglement.
        Ainsi, le texte d'Althusser est fait de plans étranges, peut-être symboliques de sa «nuit». Il manque des aspects importants dans sa description : Le regard d'Althusser fait des sauts, en oubliant les transitions, la causalité. La différence entre la fiction et le réel n'est pas claire. Il n'y a pas dans le texte, ce que l'on peut attendre d'une scène rapportée de la réalité. Enfin, Louis Althusser ne semble pas se définir comme meurtrier.

        Analyse rhétorique de l'autobiographie

        Eric Marty, professeur de littérature française et contemporaine, écrivain et critique n'a pas manqué de faire l'analyse des textes de l’autobiographie de Louis Althusser. Il l’analyse dans son entier. Marty oppose, l'écriture «inconsciente» d'Althusser à son écriture psychanalytique stéréotypée et «consciente», c'est-à-dire délibérée. Il situe ces deux phénomènes en rapport au moment de leur énonciation. Au revers de la remémoration, Marty voit le moment de l'écriture, écriture hallucinée.
        Marty repère dans le texte de l'autobiographie, trois traits stylistiques particuliers et répétés, lui servant d'indice de l'hallucination d'Althusser dans le moment présent de l'écriture. Il s'agit de la parataxe, l'anacoluthe et de la répétition ou le leitmotiv qui dérèglent les phrases du  philosophe. La parataxe est un «mode de construction de phrase qui consiste à juxtaposer les propositions sans indiquer explicitement le rapport qui les unit» (Grand Larousse de la langue française, cité par Herschberg Pierrot, p.74). Alors que les propositions sont habituellement séparées par des «conjonctions de coordination ou de subordination ou tout simplement grâce à la ponctuation.» (Marty, 1999, p.54) Althusser brise sa phrase par des remémorations que rien ne situe. En voici un exemple : Althusser évoque deux souvenirs de sa grand-mère paternelle. Le premier décrit comment elle avait envoyé son père chercher trente kilos de haricots secs et vingt kilos de sucre, par crainte de manquer de nourriture durant la menace de guerre entre la France et l'Angleterre. Soudain Althusser ajoute à propos de ces haricots secs : «J'ai souvent pensé à ces haricots secs (...), je les ai toujours adorés à m'en gaver (mais ça me venait de mon grand-père maternel dans le Morvan), ces gros haricots secs rouges italiens dont je tendis un plat à Franca, cette splendide femme sicilienne dont je devais plus tard tomber très amoureux, carrément, alors qu'elle se taisait, pour l'emporter dans son coeur.» (Althusser, 1994, p.53). Ainsi, dans la même phrase, Althusser saute d'un souvenir lointain, celui de sa grand-mère, à un souvenir plus récent : le plat de haricots tendu à Franca (qu'il ne rencontra qu'en 1961 et dont il devint l'amant). Il juxtapose un souvenir de l'enfance, large et étayé, à un souvenir du passé récent, unique et sans contexte (si ce n'est le plat de haricots) et surtout sans qu'il ne fasse aucune transition. Marty note aussi que les qualificatifs des haricots se suivent, sans virgule ni conjonction de coordination : «gros haricots secs rouges italiens». De plus rien ne vient «établir ou écarter une corrélation logique entre «alors qu'elle se taisait» et «pour l'emporter dans son coeur».» (Marty, 1999, p.55).
    Aussitôt après la parataxe, la narration reprend son cours, et l'on retrouve la grand-mère paternelle. Cet éclair insolite est d'autant plus bouleversant que les mots patinent et ne font pas toujours sens. La deuxième figure de style, l'anacoluthe, est une «rupture de construction syntaxique» (H. Morier, op.cit., p.102, cité par Herschberg Pierrot, 1993, p.228) et plus précisément, «une incohérence grammaticale dans l'association d'un sujet à son prédicat.» (Marty, 1999, p.56). Le Petit Larousse note qu'anakolouthon signifie «sans liaison». Voici un exemple d'anacoluthe dans le texte d'Althusser, tiré du livre d'Eric Marty : «une toute jeune fille assise sur les marches de l'escalier, les genoux joints et que, dans son silence, je crus incroyablement belle» (Althusser, 1994, p.231, cité par Marty, 1999, p.56). Le prédicat «dans son silence» est mal associée à son sujet «une toute jeune fille» parce qu'il est en fait le prédicat des genoux joints, antécédent de «que». Il faut tout d'abord situé la scène décrite : Althusser explique le cheminement qui l'a amené de la foi chrétienne au marxisme. A ce moment du récit, il est en captivité durant la seconde guerre mondiale, en Allemagne. Lorsqu'il aperçoit la jeune fille, il roule dans une camionnette ; cette vision aurait fortement ébranlé sa foi. Voici comment Marty explique son interprétation de l'anacoluthe : Tout d'abord, il n'était pas possible pour Althusser d'écouter le silence de la jeune fille, puisqu'il roulait en camionnette. Ce silence est donc un silence fondamental et sexuel, émanant des genoux joints de la jeune fille, de la virginité. L'anacoluthe «vise tout simplement à étendre la clôture, cette autre croyance qui joint totalement le jeune homme qu'il est à cette lointaine jeune fille.» (Marty, 1999, p.57). Je pense que Marty se réfère ici à la virginité, longtemps conservée, de Louis Althusser. Le leitmotiv est la dernière figure de style que Marty ait soulignée. La répétition du mot «pur» en est l’exemple le plus marquant. Le mot est presque tout le temps lié à la mère de Louis Althusser. Marty ajoute qu'il est lié au corps de la mère. Ceci, sans doute parce que derrière le mot «pur», se rattache l'idée de la pureté sexuelle. Pour Althusser, «tout se passe dans la tête, surtout pas dans le corps» de sa mère et il décrit ainsi, les relations de sa mère avec son ancien fiancé, aussi nommé Louis : «Aussi sages et purs - surtout purs - l'un pour l'autre», «Ma mère entretint une interminable correspondance pure avec Louis» (Althusser, 1994, p.54, cité par Marty, 1999, p.58). Marty propose de nombreux autres exemples, dont deux concernant des professeurs de Louis Althusser. Pour Marty, ce mot scandé ne «déclenche rien d'autre que son propre leitmotiv agressif». (Marty, 1999, p.58) Ainsi, Althusser éviterait une véritable introspection, laissant le mot «pur» remplacer toutes interprétations. Il laisserait le récit de côté au profit d'un souvenir intact. Marty, au début de sa monographie se plaignait du «trop» psychanalytique de l'écriture d'Althusser. Celui-ci n'aurait couché sur le papier que son histoire revisitée par la psychanalyse, délaissant celle qui la soutient. Ici, avec la répétition du mot «pur», Marty constate qu'Althusser ne laisse pas la place au jeu psychanalytique, que ce mot est n’est pas interprétable. En suivant Marty, il semble qu'Althusser garde un quant-à-soi dans le cas où l'histoire est déjà trop interprétée et dans celui où il se refuse à l’interpréter. En effet, Marty oppose ces trois figures rhétoriques au discours psychanalytique de Louis Althusser. Les figures de style offrant une «rhétorique du lacunaire, du fragmentaire, de l'aléatoire» (Marty, 1999, p.59) décalée du discours psychanalytique rationnel, explicatif, voir justificatif. Le fossé entre ces deux types de  rhétorique est tel, que Marty se demande si l'aliénation d'Althusser se trouve dans l'extravagance de son style ou «dans la soumission aux formes conventionnelles de la représentation du passé.» (Marty, 1999, p.59). La place que prend la folie d'Althusser dans son écriture, enlève beaucoup de légitimité à son texte. Althusser n'est d'ailleurs pas très ambigu à ce sujet. Après un récit tiré de son enfance au Morvan, il dit : «Mais je dois, à la vérité, tenir (la scène racontée) et la présenter pour ce qu'elle a été à travers mon souvenir : une sorte d'hallucination de mon intense désir. Je tiens en effet tout au long de ces associations de souvenirs à m'en tenir strictement aux faits : mais les hallucinations sont aussi des faits.» (Marty, 1999, p.99). Par ses dénégations, il discrédite lui-même ce qu'il dit. Ainsi, dans l'analyse linguistique d'Eric Marty, il y a deux discours qui s'affrontent dans le texte autobiographique de L'Avenir dure longtemps. Tandis que les trois figures de style, la parataxe, l'anacoluthe et la répétition, scandent le texte de leur goût hasardeux et incohérent, le discours psychanalytique le retient dans la réalité rationnelle, partagée avec le lecteur.
        Eric Marty relève trois figures rhétoriques qui donnent au texte un grain de folie mal contrôlée. Ne peut-on pas penser, qu'à nouveau et à travers son style, Althusser s'échappe ?Cette hypothèse rejoindrait l’analyse du récit du meurtre qui montrait comment Althusser négligeait les causes des événements et avait tendance à s'échapper du texte laissant le lecteur seul, le laissant voyeur de la scène.

    4. De la maladie mentale de Louis Althusser

        Je ne cherche pas ici comment Louis Althusser a pu donner les signes reconnaissables de la psychose maniaco-dépressive, mais comment son histoire a été expliquée et interprétée, en regard à sa maladie mentale. Alors que précédemment l’intérêt était porté sur l’analyse des textes autobiographiques de Louis Althusser, mon intérêt porte sur la façon dont il est possible, toujours à partir de ses textes, de trouver dans les traces de sa folie, une réponse à la cause du meurtre qu’il a commis. Dans la littérature que j’ai consultée, la folie d’Althusser semble être la seule explication au meurtre. Nous l'avons vu à propos des articles de journaux, lorsque les journalistes tentent une explication, ils le font aussi en termes de maladie mentale. La question se pose et demeure au terme de ce travail, si l’on peut comprendre ce geste d'une autre manière qu'en termes psychologiques.
        Je vais présenter les interprétations et les explications psychologiques de la maladie de Louis Althusser amenées par   ses médecins, Déniker et Olié (1994), l’auteur Eric Marty (1999), Hélène Rytman (6) (1976) sa compagne, Louis Althusser lui-même, son biographe philosophe Yann Moulier Boutang (1992), et enfin Gérard Pommier (1998), un psychanalyste à tendance lacanienne.
        Déniker et Olié trouvent une explication dans le diagnostic du philosophe : ils ont cherché à  montrer que si Althusser avait tué sa femme, c'est qu'atteint de psychose maniacodépressive, il traversait une phase mélancolique au moment du crime, propice au meurtre domestique.  Puis ils ont cherché à savoir si la maladie psychiatrique qui engendre le plus des meurtres, est la psychose maniaco-dépressive. Il me semble peu important que la maladie psychiatrique engendrant le plus de meurtres fût la psychose maniaco-dépressive ou la schizophrénie, les statistiques exprimant des régularités, et non des normes. L'important est que l'on ait déjà constaté que des personnes atteintes de maniaco-dépression commettent un meurtre. Il est peut-être plus important de savoir si Althusser était ou non dans une phase mélancolique au moment du meurtre, mais il est difficile de le prouver. Si l'on pouvait démontrer qu'Althusser n'était pas mélancolique à ce moment, cette preuve servirait à contrecarrer la décision qui a rendu Althusser non responsable de ses actes, lui permettant de ne pas avoir de procès. Si tel avait été le cas, sa définition serait plus celle d'un meurtrier éventuellement fou mais conscient, que celle d'un meurtrier fou et inconscient. La question serait alors de savoir si son meurtre était prémédité ou non.
        Comme Déniker et Olié, Eric Marty n’a pas cherché du côté de l’enfance du philosophe une explication psychanalytique au meurtre ; il chercha une solution dans son autobiographie et y trouva une idée récurrente. Cette fois, il ne s'agit pas de linguistique mais bien d'une disposition psychique. Marty ne la classe pas dans la nosographie psychologique, et se contente de la décrire et de la démontrer par des exemples. Il a cherché dans le texte des autobiographies une explication au meurtre. A plusieurs reprises il note que pour Althusser le don d'amour et le don de mort se confondent dans un même mouvement. Le meurtre s'explique ainsi : alors qu'Althusser masse le cou de sa femme (don d'amour), il la tue (don de mort). Ainsi, le texte de Déniker et Olié et celui de Marty comportent un autre point commun les opposant aux autres travaux : ils se basent sur la possibilité qu'Althusser ait commis un suicide altruiste ou un homicide altruiste, selon la terminologie.
        Quant aux autres travaux, ils se caractérisent par leur intérêt pour la «constellation de l'enfance» de Louis Althusser d’un point de vue psychanalytique. En effet, la psychanalyse postule que c'est dans l'enfance que se joue le suc de la fantasmatique adulte, c'est pourquoi il faut chercher la trame explicative du meurtre d'Hélène Althusser dans l'enfance du meurtrier. Hélène Rytman donne le pas à une explication psychanalytique de l'histoire de son compagnon ; elle est suivie par la première autobiographie de Louis Althusser, Les Faits, puis la seconde L'avenir dure longtemps où le philosophe s’en sert comme explication de son meurtre. Puis c’est au biographe de Louis Althusser, Yann Moulier Boutang, de s'inspirer de ces interprétations pour les faire siennes. Lorsque celui-ci intervient dans un séminaire de Gérard Pommier, La Psychose dans le siècle, il donne à ce dernier l'impulsion nécessaire pour écrire un nouvel ouvrage interprétant la constellation de l'enfance de Louis Althusser.
        En  1992 deux autobiographies parurent : la plus importante L'avenir dure longtemps écrite de mai à juin 1985 et Les Faits, éditée en annexe de la première. Les Faits, autobiographie écrite en 1976 à la suite de la mort de son père, est restée inachevée. Si L'Avenir dure longtemps est un long texte, sérieux voir dramatique, Les Faits est un texte qui alterne entre le réel et la fiction : Louis Althusser s'invente des rencontres avec le général de Gaulle, vole un sous - marin atomique,... «Les deux autobiographies aussi terrifiantes l'une que l'autre présentent toutefois des variations remarquables : la première est également féroce pour le père (Charles) comme pour la mère (Lucienne). La seconde charge encore plus le portrait de Lucienne, mais instruit à décharge celui de Charles pour lequel transparaît une forte tendresse.» (Moulier Boutang, 1992, p.59)
        Je vais surtout parler de la seconde autobiographie, L'Avenir dure longtemps, qui a été écrite à la suite du meurtre. Elle a été écrite en réaction à un article de Claude Sarraute paru dans Le Monde le 14 mars 1985. L'article était consacré à un meurtre anthropophagique. Et l'auteur écrivit au passage : «(...) Nous, dans les médias, dès qu'on voit un nom prestigieux mêlé à un procès juteux, Althusser, Thibault d'Orléans, on en fait tout un plat. La victime ? Elle ne mérite pas trois lignes. La vedette, c'est le coupable (...)» (Althusser, 1994, p.8). Olivier Corpet et Yann Moulier Boutang, qui ont fait la présentation de l'autobiographie, écrivent qu'Althusser, se rangeant à l'avis de certains de ses amis, estimait que Claude Sarraute avait, d'une certaine manière, soulevé un «point essentiel (...) : son absence de «procès», due au non-lieu dont il avait «bénéficié».» (Althusser, 1994, p.8). Cela l'aurait décidé à écrire une autobiographie dans laquelle il décrirait le traitement qu'il avait subi après le meurtre, et qu'il subissait encore. Ainsi, en disant que la victime disparaissait au profit du coupable, Claude Sarraute rappelait pour Althusser, ses proches et son biographe, que le coupable est lui aussi une victime. Une victime, puisque n'ayant pas eu de procès, Althusser est un mort-vivant : suite au meurtre, toute son oeuvre fut discréditée et il ne pu jamais reprendre son activité professionnelle. C'est une logique qui ne se comprend que sous l’angle fusionnel du couple : on constate qu’on parle de manière insuffisante d’Hélène Althusser, alors Louis Althusser se met à parler de lui.
        Le premier chapitre de l'autobiographie est le récit du meurtre. C'est dans l’avertissement et dans le deuxième chapitre, que l'auteur s'explique sur les motifs de son livre : «J'écris ce livre pour mes amis et pour moi». Il parle ensuite de la procédure qui a aboutit au non-lieu et de ses effets : un internement sans fin. Le seul moyen de l'éviter est d'intervenir «personnellement et publiquement pour faire entendre mon propre témoignage.» (Althusser, 1994, p.36). «Voilà pourquoi, puisque chacun jusqu'ici a pu parler à ma place et que la procédure juridique m'a interdit toute explication publique, j'ai résolu de m'expliquer publiquement.» (Althusser, 1994, p.45) «pour donner à chacun les informations dont je dispose» (Althusser, 1994, p.46). Dès le troisième chapitre, il débute son histoire.
        Il ne dit pas un mot de l'article de Claude Sarraute. De la scène du meurtre, écrite comme un prélude dans un genre plus littéraire qu'autobiographique, il passe sans transition au deuxième chapitre. Doit-on comprendre implicitement qu'il regrette, puisqu'il nous parle du  meurtre, puisqu'il débute l'autobiographie par le meurtre ? A aucun moment, le philosophe ne fait référence à la morale «Tu ne tueras point !». Les aspects de sa culpabilité sont passés sous silence au profit du calvaire qu'il vit au moment où il écrit, et au récit de sa propre vie. Althusser, en écrivant son autobiographie s'insurge-t-il que dans ce petit article de Sarraute, sa femme ait la première place et non pas lui ? Il n’est par ailleurs pas le seul à ne pas donner la parole à sa femme : on ne trouve la voix d'Hélène Rytman dans aucune de mes lectures. Elle aussi, peut-on dire, est tuée deux fois !
        Une seule de des lettres d’Hélène Rytman adressée à Louis Althusser, intitulée Lettres sur l'enfance et écrite le 26 juillet 1964 fut éditée dans les «Matériaux» des autobiographies, c'est-à-dire choisie par les éditeurs (7). Au-delà du fait que cette lettre n'est qu'un élément de plus pour qui veut comprendre Louis Althusser, elle est aussi d'un autre intérêt : Hélène Rytman y fait l'interprétation psychanalytique «sauvage» de l'enfance d'Althusser. Or, on retrouve cette même interprétation, sous la plume de Louis Althusser lorsqu'il écrit son  autobiographie. La première fois en 1976, il écrit Les Faits à l'occasion de la seconde livraison d'une nouvelle revue, Ça ira. Elle ne sera jamais éditée. La seconde autobiographie, L'Avenir dure longtemps, nous l'avons vu, est une explication publique du meurtre qui lui permettrait d'être réhabilité à parler en philosophe sain d'esprit. Mais il ne l'a pas éditée, malgré quelques hésitations.
        Voyons d’abord l'historique des faits jusqu'à la naissance d'Althusser, avant de donner l'interprétation d'Hélène Rytman, puis celle de Louis Althusser lui-même. L'histoire débute deux générations avant celle de Louis Althusser, avec les grands-parents maternels (couple Berger) et paternels (couple Althusser) de Louis Althusser. Les deux couples, nés en France, vont faire le voyage jusqu'en Algérie pour s'y installer. Les Berger ont deux filles : Lucienne (future mère d'Althusser) et Juliette, et les grands-parents paternels deux garçons : Charles (futur père d'Althusser) et Louis. Lucienne et Louis se sont fiancés, lorsque la première guerre mondiale éclate. Les deux frères, Charles et Louis, partent en guerre, mais lors d'une permission, Charles annonce à Lucienne la mort de Louis et lui propose du même coup de l'épouser. Elle accepte. Lors de la permission suivante, ils se marient. Neuf mois plus tard, Lucienne accouche d'un garçon en l'absence de son mari. Le couple décide de l'appeler Louis en souvenir de l'ami et du frère décédé.
        Pour Hélène Rytman, Louis Althusser n'a pas été aimé pour lui-même parce que sa mère aimait son ancien fiancé à travers lui. De plus, il s'était donné pour tâche de sauver cette mère malheureuse en mariage. C'est le socle de toute la configuration de la personnalité d’Althusser, que lui-même accepta et repris. Dans sa deuxième autobiographie, Althusser s’y réfère pour justifier le meurtre de sa femme. En fait, ce n'est pas une véritable explication et le reste de son autobiographie n'est qu'un épanchement égocentrique.
        Qu'est-ce qui, dans la maladie de Louis Althusser, permet d'expliquer le meurtre qu'il a commis ? Voyons ce qu'ont dit les différents auteurs qui se sont exprimés sur ce sujet.
        Yann Moulier Boutang, le biographe de Louis Althusser est le premier à refuser telle quelle, l'interprétation psychanalytique d'Hélène Rytman. Pour lui, si Althusser a tué sa femme c'est que celle-ci avait la place symbolique de sa soeur, qu'il désirait inconsciemment tuer. Dans le raisonnement de Moulier Boutang, il manque cependant la raison pour laquelle Althusser désirait tuer sa soeur.
        Gérard Pommier n'est convaincu ni de l'analyse de Moulier Boutang, ni de celle des Althusser. Pour lui, Louis Althusser s'est construit une interprétation psychanalytique pour se cacher celle qu'il ne pouvait accepter : son père n'est pas aussi violent qu'il le croit, seulement, il désire ardemment l'éliminer (fantasmatiquement, bien entendu). C'est le schéma classique du complexe d'Oedipe. Mais l'explication oedipienne ne suffit pas à expliquer le meurtre que Louis Althusser a commis.
        La raison pour laquelle Althusser a pu désirer inconsciemment tuer sa femme reste une énigme. Il y a la vérité de celui qui interprète - la plupart des interprétations présentées ici sont psychanalytiques mais elles seraient encore plus divergentes si on les avait confrontées à d'autres approches psychologiques - et il y a la vérité de celui qui vit la maladie. A la question «Pourquoi Althusser a-t-il tué sa femme ?» il n'y a pas de réponse, puisque la cause du meurtre est sa maladie, et que sa maladie est expliquée de diverses manières. L'inconscient d'Althusser garde en son pli les raisons du meurtre. Mais l'inconscient n'est peut-être pas le seul à l'expliquer : la relation particulière entre Althusser et Hélène Rytman, leur rôle social, dans le pays qu'est la France, et à l'époque à laquelle ils vivaient,... tout cela joue également un rôle. Au-delà de toutes ces variables, il y a le sujet, et le sujet garde toujours une part d'insondable.

    Conclusion

        La lecture des journaux et leur analyse m’a semblé être un pas adéquat pour approcher de Louis Althusser. Elle nous a introduit aux circonstances du meurtre d'Hélène Althusser, à celles de la parution des deux autobiographies, et au contexte général de l'époque. Surtout, elle a permis de faire des hypothèses sur la façon dont Althusser était perçu avant le meurtre et de voir comment il a été défini à la suite du meurtre. Alors que sa maladie mentale n'était pas affaire publique avant le meurtre, après le meurtre elle devint dans la presse la catégorie la plus pertinente pour définir Althusser, délaissant au second plan les définitions de philosophe ou de communiste. Sa définition s'est peu modifiée à la suite des autobiographies, elle s'est même comme figée, durcie un peu plus, laissant supposer que si l'on parlait encore de Louis Althusser dans vingt ans, ce serait en tant que fou plus qu'en tant que philosophe (8).
        Les analyses linguistiques nous permirent de goûter à l'écriture particulière des autobiographies de Louis Althusser. Il a révélé des caractéristiques récurrentes tant dans le récit du meurtre, où sa tendance à s'absenter incite le questionnement, que dans l'autobiographie dans son entier, dans laquelle Marty repère les traces des hallucinations d'Althusser. La folie du philosophe a été stigmatisée dans le moment même de l'écriture.
        Enfin, les explications et les interprétations de la maladie de Louis Althusser, en tant que  cause du meurtre qu'il a commis, ont révélé la diversité des versions et des opinions, les unes ne contredisant pas toujours les autres par ailleurs. Elles ont commencé avec la parution des autobiographies, où le malade lui-même donne une explication rationnelle de sa maladie et de son meurtre. Le plus surprenant, c'est que la trame de son histoire est écrite quelques années avant le meurtre qu'il a commis, par la victime elle-même. Faut-il croire le philosophe fou qui clame une enfance traumatisante ? Faut-il croire le biographe (Yann Moulier Boutang), le psychanalyste (Gérard Pommier), les médecins psychiatres (Déniker et Olié) ou le professeur de linguistique (Eric Marty) qui se basent sur les entretiens avec Althusser et sur son autobiographie pour élaborer des explications ? Que faire de la philosophie d'Althusser aujourd'hui ? En commettant un crime sous l'emprise de la folie, ses propos philosophiques ne sont-ils plus légitimés?
        Nos normes sociales n'admettent pas que le roi de la raison soit par ailleurs le roi des fous ! Dans son introduction, Gérard Pommier nous dit que l’oeuvre d’un artiste, qu'elle soit intellectuelle, sensible, provocatrice, rationnelle, irrationnelle ou tout en même temps ne cesse d'être légitimée même si l'artiste est reconnu malade mental. L'oeuvre est prise pour ellemême, délaissant les affres personnelles du créateur. Alors que les instances qui définissent la folie sont les mêmes qui définissent la santé, l'artiste, s'il est malade mental, n'est marginalisé ni pour sa folie, ni pour son oeuvre. La règle sociale qui a interdit à Louis Althusser de continuer son métier, est si forte que ce problème ne fut même pas discuté à ma connaissance.En toute logique, Althusser a cessé de faire paraître ses textes. Il n'est pourtant pas le premier philosophe atteint de pathologie, mais il est le premier à faire un scandale public par un meurtre, mettant sa folie en exergue. Désormais, ses textes ne peuvent plus être lus sans arrière pensée, et on ne peut plus détourner le regard du lecteur de la démence d'Althusser. Je pense toutefois que Pommier oublie une chose : la folie de l’artiste n’est acceptée que s’il n’a pas commis de crime. Althusser sera reconnu malade mental après le meurtre d’Hélène Althusser, et le non respect de la loi des hommes «Tu ne tueras point» ne lui sera pas pardonné : il ne pourra reparaître parmi les hommes.


    Bibliographie

    ADAM (Jean-Michel) et REVAZ (Françoise). - L'analyse des récits. - Paris. Seuil. Mémo. 1996.
    ALTHUSSER (Louis). - L'Avenir dure longtemps suivi de Les Faits, 2nd ed. - Paris. Stock / IMEC. 1994.
    ALTHUSSER (Louis). - Lettres à Franca (1961 - 1973). - Paris. Stock / IMEC. 1998.
    DENIKEE (P) et OLIE (Jean-Pierre). - La mort d'Hélène Althusser : un cas d'homicide altruiste rapporté par le mélancolique. Société médico-psychologique. 152. n 6. 28 février 1994. pp. 389-392.
    HERSCHBERG PIERROT (Anne). - Stylistique de la prose. - Paris. Berlin. 1993.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 18 novembre 1980. p.48. Après s'être accusé du meurtre de sa femme.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 19 juin 1992. p.27. Lectures en vacances, Essais et documents, L'Avenir dure longtemps.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 19 novembre 1980. p.16. En raison de l'état de santé du philosophe
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 20 novembre 1980. p.17. Trois experts psychiatres examineront M. Louis Althusser.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 21 novembre 1980. p.14. Une mise au point du directeur de l'E.N.S. après la mort de Mme Althusser.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 24 avril 1992. p.25. Les morts d'Althusser.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 24 avril 1992. p.30. Le fou et le philosophe.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 24 avril 1992. p.31. Les morts d'Althusser.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 29 novembre 1980. p.2. Ne pas faire silence.
    LE MONDE. Quotidien. - Paris. 4 décembre 1992. p.34. Althusser prisonnier de guerre.
    LE NOUVEL OBSERVATEUR. Hebdomadaire. - Paris. 23 - 29 avril 1992. p.51-53. L'extraordinaire confession posthume du philosophe marxiste.
    LE NOUVEL OBSERVATEUR. Hebdomadaire. - Paris. 24 - 30 novembre 1980. p.26-27. La tragédie de Louis Althusser.
    L'EXPRESS. Hebdomadaire. - Paris. novembre 1980 - novembre 1981.
    L'EXPRESS. Hebdomadaire. - Paris. 15 mai 1992. p.59-60. Le naufrage d'Althusser.
    L'EXPRESS. Hebdomadaire. - Paris. 15 mai 1992. p.61. Le modèle italien. L'histoire parallèle des deux grands partis communistes d'Occident. Où l'on retrouve Louis Althusser.
    MAINGUENEAU (Dominique). - L'Enonciation en linguistique française, 2nd ed. - Paris. Hachette. 1994.
    MARTY (Eric). - Louis Althusser, un sujet sans procès : Anatomie d'un passé très récent. - Paris. Gallimard. 1999.
    MOULIER BOUTANG (Yann). - L'interdit biographique et l'autorisation de l'oeuvre. in : Lire Althusser aujourd'hui. - Paris. L'Harmattan. 1997.
    MOULIER BOUTANG (Yann). - Louis Althusser, une biographie : La formation du mythe (1918 - 1956). - Paris. Grasset. 1992.
    PELICIER (Yves). - Univers de la psychologie : Vocabulaire de psychologie. - Paris. Lidis. 1977.
    PETIT LAROUSSE ILLUSTRE. Paris. Larousse. 1985.
    POMMIER (Gérard). - Louis du Néant : La mélancolie d'Althusser. - Paris. Aubier. 1998.



    Notes

    1 Je lis cela dans l’autobiographie d’Althusser. Peut-on  comparer ce sérum à la fameuse poudre de «perlimpinpin» ? S’agit-il d’un  médicament qui a réellement existé ? 

    2
    Pour des raisons qui échappent à ma volonté, je n’ai pu  consulter d'autres journaux. Par exemple, il aurait été intéressant de  connaître ce qu'en disaient L'Humanité, journal communiste (Althusser étant  dans ce parti) et Le Figaro, journal de droite. Les partis pris opposés de ces  journaux auraient porté à l'extrême la signification donnée à ces deux  évènements.

    3 Le mot public sera souligné 4 fois et utilisé une  dizaine de fois sur une seule page.

    4 Le célèbre cas de L'étranger d'Albert Camuz en témoigne  : presque tout le livre est écrit au passé composé, conférant à la lecture du  texte un sentiment d'étrangeté du héros par rapport aux événements de sa vie.

    5
    Jacques Martin est entré à l'Ecole Normale en 1941 et  était très ami du couple Althusser. Il s'est  suicidé en 1963.
    6
    Elle n'était pas encore mariée avec Louis Althusser à  l'époque de son interprétation. Rytman est donc son nom de jeune fille.
    7
    Il y aurait pourtant eu plus de 400 lettres échangées entre 1947 et 1980.
    8 Je n’ai trouvé qu’un texte qui se référait à Louis  Althusser après 1992, en tant que philosophe uniquement, c’est-à-dire sans allusions ni à son crime, ni à sa maladie. Il s’agit du livre de Paul Ricoeur "L’idéologie et l’utopie" paru en 1997 aux éditions du Seuil.



    Vania Widmer

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