David Collin
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    En lisant Remy de Gourmont

    Extraits de Lettres à l'Amazone de Remy de Gourmont, Mercure de France, Paris, 1919.

    p22: "Ayons des âmes mystiques pour mieux comprendre le sens des gestes, et non pour les mépriser, car sans cela les âmes désemparées ne sauraient plus comment communiquer entre elles: tout langage est corporel, c'est à dire organique".

    p22/23: "Elévations sur l'année nouvelle: Sors de ton égoïsme, à cette heure première de l'année, coeur desséché par les étés de la vie, pense avec joie à ce qui n'est pas toi, pense au corps qui sont l'honneur du monde, à la pureté des courbes emmêlées, à la transparence des contours, à la souplesse des ligatures;"

    p26/27: Il y a dans la piété bouddhiste, aux monastères thibétains, une pratique dont j'aime la signification. Les jours d'orage et de neige, quand le vent comble les précipices, efface les sentiers, les fervents découpent des silhouettes de chevaux en papier, vont au point le plus élevé, et les confient à la tempête. Ces images sont recueillies par Bouddha; il les transforme en animaux véritables, qui aident les pauvres voyageurs à franchir les mauvais pas. Ma rêverie sur les heureuses et les malheureuses n'est pas autre chose. Ce sont des images en papier que je lance à travers leurs songes pour que les unes y trouvent la force d'étreindre leurs chimères et les autres la douceur des anéantissements. Mais c'est surtout la satisfaction d'un renoncement nietzschéen où je tombe quelquefois. Les jours où on sort de l'égoïsme, on sent comme une libération anticipée de la vie. C'est un grand repos, auquel sont propices les jours de fête. Ne plus vivre que juste assez pour goûter les joies du néant, et pour les goûter à peine, à peine, comme une musique lointaine, comme le dernier bruit de la nuit qui s'endort. Jusqu'à ce que tout ressuscite, fleurs plus vives de s'être fermées comme des yeux. Il faut parfois abandonner sa vie, la clore et en mettre la clef dans un trou de mur, comme font les paysans qui s'en vont loin dans les champs. On trouve au retour la ravenelle plus odorante, les hampes du lilas plus larges, et plus luisantes les feuilles du laurier. Mais le voyage au pays du renoncement peut durer moins longtemps encore qu'une brève absence matérielle. Une plongée au gouffre n'est guère, quand on en revient, et avec quelle joie, merveille de simplicité et d'aise, retrouve-t-on la main qui vous y avait jeté et qui ne le savais pas !"




    David Collin

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