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    La Grande hypocrisie

    Dernier Crâne de Monsieur de Sade le livre posthume de Jacques Chessex va sortir couvert. Enveloppé dans une couverture de cellophane pour protéger les “innocents” de son caractère sulfureux. 

    Avant même d’ouvrir le livre, car là n’est pas la question (comme dirait Zendali), je m’interroge sur cette incroyable hypocrisie que soulève cette affaire. Premièrement parce que l’ouvrage en question, dont le premier tirage est tout de même de 25000 exemplaires, bénéficie ainsi d’une formidable opération de marketing qui avait déjà très bien fonctionné avec la bande dessinée pour adulte de Zep. Le goût du mystère, de l’interdit, l’excitation du procédé. Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir, je n’en serai que plus émoustillé. En somme, en rendant inaccessible l’objet on le rend plus désirable encore. On attire l’attention sur lui; plutôt que d’en faire le moins possible, pour un objet à priori réservé aux lectures d’alcôve et qu’on devrait se passer sous le manteau. S’il est si scandaleux qu'on veut le faire croire. 

    Donc, sous prétexte d’une pudibonderie qui n’est sans doute pas complètement artificielle, on fait parler le plus possible de ce livre à ne pas mettre dans toutes les mains. Pudibonderie malgré la grossièreté apparente de l’opération marketing qui ne trompe personne. Pudibonderie car aujourd’hui, étrangement, on oscille entre un retour d'une bigoterie bourgeoise effarouchée, et un grand déballage de vulgarité sur la place publique (la véritable pornographie qui s’étale dans les journaux, la publicité et à la télévision). 

    Alors qu’on voudrait nous faire croire qu’il est sain de protéger nos enfants d’un livre écrit par un ogre lubrique (Chessex), peu importe le contenu (comme dirait Zendali), on leur donne à lire et à voir comme jamais, les pires vulgarités, devenues normalités, et étalées sans aucun souci moral ou pudique aux yeux de tous. Ill faudrait savoir ce qu’est véritablement la pornographie d’aujourd’hui. Il faudrait distinguer cette pudibonderie déplacée à l’égard de l’érotisme, de la sexualité et du corps, des manifestations diverses de la pornographie d’aujourd’hui: voyeurisme et exhibitionnisme à outrance, “peoplisation de la société”, recul de la démocratie, vulgarité sans gêne ni retenue, et respect pour autrui réduit à néant. 

    Au lieu de laisser jouer les rois du marketing et les hérauts pudibonds, ne devrait-on pas renverser les choses, cellophaner les gratuits et les journaux people, refuser de diffuser les sketchs de Bigard sur les chaînes publiques en prime time, faire lire Bataille aux collégiens, et surtout valoriser la culture du livre et de la lecture ? Oui, même Chessex, même Sade.





    David Collin

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