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    Dernier jour.

    Combien de fois encore pourrais-je nommer cette dernière journée, combien de dernières journées, combien d'années, combien de recommencements ? 

    Questions légitimes pour qui pense au temps qui passe, à celui qui s'en est allé, à celui qui viendra, à celui qui ne passe pas quand il n'est que présent. Question posée en ce dernier jour de l'année en lisant Du Vieillissement de Jean Améry, sous-titré "Révolte et résignation" et dont vient de paraître une nouvelle édition magnifiquement préfacée par Régine Waintrater (Petite Bibliothèque Payot). Non ce n'est pas un ouvrage sur la vieillesse ni un guide du bien-veillir, mais plutôt un essai sur le temps qui s'écoule, sur cette si étrange sensation de vieillissement pour qui a survécu aux camps de concentration. Vieillissement qui rime avec transformation ou dégradation du corps, ce corps même qui porte en lui le temps qui est déjà passé, ceci faisant dire à Améry lui-même que "l'homme vieillissant n'est plus que temps, entièrement temps". 

    Echo familier en miroir de cette lecture, au moment où nous décidons d'aller nous promener cet après-midi au Parc de la Tête d'Or à Lyon. Ma Grand-mère (87 ans), décline cette proposition de prendre l'air sous le soleil, de marcher un peu, ce qui lui ferait en théorie grand bien. Mais, me dit-elle, "cela ne me procure plus de plaisir. je n'entends plus, je vois mal, je marche mal, et du coup je ne profite de rien". C'est la première fois qu'elle semble aussi peu encline à croire en ses capacités de profiter de la vie, de la plus petite promesse de vie. Est-ce donc cela le début de la vieillesse ? Si cela ne commence qu'à 87 ans, passe encore...

    Aujourd'hui, marche et vélo sur les quais de la Saône. Voulu échanger deux livres que j'avais trop impatiemment acquis chez un bouquiniste. Fermé. Je les laisserai donc - comme on abandonne une bouteille à la mer - dans la maison maternelle: leVoyage au Congo, suivi de Retour du Tchad de Gide, et Nouvelles romaines (billingues) de Pasolini. Un mélange d'envies (répétées) de lecture, associant le voyage en Afrique et une certaine Italie, et suscitées par la lecture dePromenades africaines d'Alberto Moravia.

    Je me demandai en lisant Améry si la non-perpétuation des choses n'est pas le pire qui puisse arriver à celui qui espère survivre à sa mort, à celui qui souhaite transmettre l'héritage invisible de ses lectures, ou à celui plus matériel d'une bibliothèque rassemblée pendant de nombreuse années, et bien des choses encore (à condition de ne pas jeter les livres au fur et à mesure qu'on les lit. Hélas oui, cela existe). On me dira qu'après moi le déluge. Soit je veux bien comprendre pour l'ermite qui n'a cessé de se retirer du monde, à subordonner la matériel au spirituel, à se débarrasser précisément de tout héritage physique. Toutefois, avec Michel Crépu que j'ai traversé hier (Lectures, journal littéraire 2002-2009, Gallimard), je ne peux m'empêcher de croire en les vertus d'une bibliothèque patiemment établie, et en celle bien évidemment du livre. Améry me rappelle qu'au delà des désirs d'immortalité ou de mémoire, par la construction d'un mausolée ou d'une bibliothèque, qu'il y a derrière son inévitable abandon ou dispersion et l'impossibilité d'une quelconque perpétuation. Climat de fin de journée. De fin d'année.

    Ai quand même bien été amusé hier par le même Michel Crépu quand il tire à boulets rouges sur Le Traité d'athéologie de Michel Onfray (pp133-134): 

    "Pour me changer un peu, j'ai pris le dernier Onfray, Traité d'athéologie. Consternant. Le disque habituel: sus au judéo-christianisme, à la religion de la faute, du rapport mortifère au corps, etc. A en juger par l'état de dépendance de l'auteur à l'égard de son cher objet haï, on peut déduire la valeur du propos philosophique: nulle. Ce nain* criard tambourine à la porte en suppliant qu'on lui ouvre pour le rassurer: mais oui, mon petit, vous faites scandale, c'est bien. "Hitler disciple de saint Jean": et Goebbels en Thomas d'Aquin, je suppose. Ce qui est beau en philosophie, c'est quand la simplicité du raisonnement dévoile une finesse supérieure; ici c'est le contraire, la grossièreté accouche d'une autre, encore plus grosse. C'est ce qui s'appelle être emporté par son style. 

    Oh ! Comme je suis content de mon abdominale catholicisme romain affreusement judéo-chrétien avec sa "felix culpa", sa "faute heureuse" et tout son attirail pompeux, ses dais, ses mules, ses chanoines notaires, tellement hors propos, mais tellement moins bigot au fond que tout le reste. Je ne m'en séparerais pour rien au monde. Et comme je plains ce pauvre diable d'Onfray, tout à ses séances d'exorcisme. Rome devrait lui confier une petite paroisse, cela le changerait de son "université populaire"".

    (* Onfray est un géant (physiquement))

    La fin est un peu méprisante, mais c'est un beau retour à l'envoyeur, et surtout une liberté de ton qu'on entend peu de nos jours...

    Bonnes fêtes bien judéo-chrétiennes ou pas, meilleurs voeux pour le temps du lendemain comme pour celui de l'instant, 

    David Collin


    David Collin

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