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    Qui après Chessex ?

    Journal LE TEMPS - LITTÉRATURE Vendredi23 octobre 2009

    Qui après Chessex?

    Lisbeth Koutchoumoff

     

    Le grand écrivain disparu, la scène littéraire romande se retrouve-t-elle pour autant dépeuplée? Qui maintenant pour accéder à cette stature ou du moins à cette visibilité-là?

     

    ◦                                  Archipel de voix singulières

    ◦                                  Éditorial. Terre de plumes

     

    Et maintenant? La disparition d’un maître tel Jacques Chessex abasourdit. De par les circonstances de son décès. De par la place que l’écrivain occupait dans le paysage littéraire suisse romand. Outre une œuvre prolifique, Jacques Chessex alliait deux pôles qui se fortifiaient l’un l’autre: l’ancrage local et la reconnaissance parisienne. Prix Goncourt en 1973, il est demeuré depuis le seul Suisse à être honoré de la sorte. Peu importe si son œuvre a connu en France une longue traversée du désert pour ne retrouver la lumière qu’en 2007 avec Le Vampire de Ropraz. A côté de ses romans, de sa poésie, moins connue mais qui comptait tant pour lui, ce sacre parisien valait ici à Jacques Chessex une stature à part, unique.

    Le grand écrivain disparu, la scène littéraire romande se retrouverait-elle pour autant dépeuplée? Qui maintenant pour accéder à cette stature ou du moins à cette visibilité-là?

    Premier constat, aucune désertification ne menace. S’offre à la vue plutôt une forêt dense de voix singulières. Pas de tétanie post-traumatique non plus mais, comme l’envisage même Doris Jakubec, un appel d’air. Longtemps responsable du Centre de recherches sur les lettres romandes, la spécialiste relève que d’autres grands noms ont cultivé leur particularité comme Nicolas Bouvier disparu en 1998 ou Philippe Jaccottet, ce dernier irradiant toujours et loin à la ronde depuis sa retraite drômoise.

     

    A la génération suivante, un Jean-Marc Lovay et sa langue à nulle autre pareille, une Corinne Desarzens aussi brillent sur leur orbite. Les trentenaires et les quadras poursuivent plus loin encore ce chemin de la singularité comme une Noëlle Revaz, une ­Anne-Lou Steininger ou un Marius Daniel Popescu. La richesse souvent vantée de la scène littéraire romande ne serait pas un mythe. «Autant d’écrivains, d’éditeurs, de lecteurs et de facultés de lettres sur un aussi petit territoire relève de l’exception mondiale. L’Islande peut-être se pose en challenger», s’amuse Michel Moret des Editions de l’Aire.

     

    «Nous sommes un pays de porte-plume, confirme Doris Jakubec. Doublement minoritaires, sur le plan politique et économique, nous devons hurler pour nous faire entendre. A cela s’ajoute le fait que nous sommes voisins d’un pays monopolisateur. D’où le nombre d’inventeurs originaux qui sont apparus ici. La Collection de l’art brut se trouve à Lausanne, ne l’oublions pas! La Suisse est le pays de Robert Walser!» Cette position en marge et cette prime à l’originalité expliqueraient aussi une grande liberté par rapport aux genres littéraires. Loin de Paris, on se moque un peu, voire complètement des étiquettes. Romans, essais, poésie, récits de voyage, les auteurs suisses excellent à croiser les genres. «C’est une constante que l’on retrouve d’ailleurs dans toutes les littératures francophones en dehors de la France», précise encore Doris Jakubec.

    En marge, originaux, inclassables. Et de plus en plus axés sur leur univers propre. «Yves Laplace est l’un des derniers écrivains à porter en lui une rage contre le contexte local et à la proférer dans ses œuvres. Cette nécessité de régler ses comptes, parfois très violemment, avec l’environnement immédiat s’efface aujourd’hui. Tout simplement parce que le contexte évolue», constate Sylviane Dupuis, chargée de cours en littérature française à l’Université de Genève. Multiplicité des styles et des thèmes, jusqu’à l’éclatement, «jusqu’à quand pourra-t-on parler de littérature romande?» poursuit Sylviane Dupuis. «Chaque œuvre suit son trajet propre sans plus regarder vers les autres. Chaque auteur s’atomise avec son destin.»

    Des destins qui débutent souvent ailleurs. Agota Kristof venue de Hongrie a ouvert la voie pour des écrivains venus en Suisse avec un lointain au cœur: Adrien Pasquali, décédé en 2001, Yasmine Char, Marius Daniel Popescu.

    Cette génération peut-elle se reconnaître dans une figure tutélaire, l’admirer, la contester? Poursuivre le jeu des filiations qui tissent l’histoire littéraire? «Edouard Rod, Ramuz et enfin Chessex ont, chacun à leur époque, pris une telle ampleur dans le monde littéraire romand que chaque écrivain se devait de se positionner par rapport à eux», constate Jérôme Meizoz, enseignant de littérature française à l’Université de Lausanne. Dans Incarnata (Grasset, 1999), Jacques Chessex mettait en scène un écrivain qui fêtait avec férocité et soulagement la mort de Charles Ferdinand Ramuz: «Je suis content. Ramuz est mort! Je me souviens de cet instant comme on se rappelle la mort de sa mère, de son père, ou une grave maladie, ou une première relation d’amour entre tendresse et glu suave.»

     

    Directrice de l’Institut littéraire de Bienne, Marie Caffari suit de près la façon dont les jeunes auteurs élaborent leur réseau de références: «Ils ne recherchent plus des pères mais des pairs. Le jeu des transmissions littéraires se diversifie. La proximité géographique des modèles perd de son importance. Les références se trouvent à l’échelle internationale. La polyphonie des inspirations prime.»

     

    Polyphonie des voix, des styles, des thèmes, des inspirations. Une constante, en revanche, se maintient sans faillir à travers les décennies: la nécessité d’être adoubé par Paris pour être reconnu en Suisse romande. Charles Ferdinand Ramuz et Edouard Rod avant lui, Jacques Chessex ensuite ont tous acquis leur rayonnement par leur familiarité avec la scène parisienne. Ce «transfert de capital symbolique» n’a jamais été remis en question, relève Jérôme Meizoz. «Sous l’impulsion de Bertil Galland et de sa maison d’édition dans les années 1970, faire carrière ici avait pris soudain un sens. Ce n’est plus le cas aujour­d’hui. Les écrivains envoient d’abord leurs manuscrits à Paris.»

    Mais à l’inverse de l’Allemagne qui connaît plusieurs capitales littéraires, la France des lettres siège comme on sait tout entière à Paris. Les prix littéraires allemands sacrent sans discrimination les auteurs germanophones en ne tenant pas compte du lieu d’implantation de leur maison d’édition. Il faut en revanche être édité par une maison française pour être sélectionné par un prix français. Sauf exception comme cette année. Le Prix Médicis étranger et le Prix Wepler-Fondation La Poste ont sélectionné deux auteurs édités par une maison suisse, Zoé: Matthias Zschokke et Jean-Marc Lovay. Deux candidats à la succession de Jacques Chessex? Réponse le mois prochain.

     

     

    Archipel de voix singulières

    Lisbeth Koutchoumoff

     

    Noëlle Revaz. Née en 1968 à Vernayaz en Valais.

    Auteure de deux romans publiés chez Gallimard. Rapport aux bêtes (2002) imposait une langue paysanne inventée, comme surgie du sol et des saisons. Sept ans plus tard, dans Efina (2009), l’auteure capte les mots de l’amour. Une nouvelle langue encore une fois, qui paraît si familière et d’autant plus étrange. ­Rapport aux bêtes a été adapté au théâtre dans une mise en scène d’Andrea Novicov. Le film adapté du roman sort sur les écrans le 11 novembre.

     

    Marius Daniel Popescu. Né en 1963 à Craiova en Roumanie. Vit à Lausanne.

    A publié quatre recueils de poésie en Roumanie puis deux recueils en français aux Editions Antipodes à Lausanne. Son premier roman, La Symphonie du loup, paru en 2007 aux Editions Corti à Paris, impressionne par la maîtrise du style, tout en polyphonies, proche de la transe parfois, la profusion des images aussi. Le Prix Robert Walser lui est décerné en 2008. Marius Daniel Popescu est le premier auteur francophone à recevoir ce prix créé en 1978.

     

    David Collin. Né en 1968 à Annecy. Vit à Fribourg.

    Train fantôme, son premier roman, est paru aux Editions du Seuil en 2007. Ciselé, parfois précieux, au plus près du bonheur des mots justes, le roman s’échafaude comme une traque émouvante, onirique, des origines. David Collin se lance à la recherche des pères perdus, de toutes les façons possibles d’être père. La singularité ici réside dans la forme, dans le choix de la poésie et de l’incantation hallucinée parfois. David Collin est aussi producteur à la Radio suisse romande.

     

    Yasmine Char. Née en 1963 à Beyrouth. Vit à Lausanne.

    Une adolescence en pleine guerre du Liban, à cheval sur la ligne de démarcation. La disparition de la mère. Un amant qui permet de transcender l’horreur. La Main de Dieu (Gallimard, 2008), premier roman de Yasmine Char, opte pour l’épure. Peu de mots, quelques couleurs, des émotions qui affleurent par le silence, le blanc de la page. Quand elle n’écrit pas, Yasmine Char assure la programmation du Théâtre de l’Octogone à Pully.

     

    Philippe Testa. Né en 1966. Vit à Lausanne.

    Un récit de voyage, Far West/Extrême-Orient (2004), un recueil de 17 brèves nouvelles, Love, puis Philippe Testa signe Sonny, premier roman tout aussi traversé de fulgurances rock et de pay­sages américains (Navarino, 2009). Sonny va se défaire de la réalité, s’en détacher, perdre le contact. Puis se perdre tout court. Une échappée au désert dans une écriture maigre, attachée aux détails, à l’observation du théâtre entre hommes et ­femmes.

     

    Pascal Janovjak. Né en 1975 à Bâle.

    De mère française et de père slovaque, Pascal Janovjak a effectué son service militaire en Jordanie, enseigné au Liban et dirigé un ­centre culturel au Bangladesh. En 2007, il publie un recueil de proses, Coléoptères , chez Samizdat à Genève. Cette rentrée est paru chez Buchet-Chastel L’Invisible, conte où un avocat luxembourgeois de 35 ans, gros salaire et grande solitude, se découvre un jour complètement invisible. Commence alors une longue errance, bercée par une sensualité retrouvée.

     



    David Collin

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