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    Coïncidence/correspondance

    Coincidence/correspondance

     

    A quoi correspondent les coïncidences troublantes qui jalonnent notre vie, et que j'observe souvent ?

    Il y a quelques minutes, je débusque derrière mon clavier d'ordinateur un post-it jaune, rédigé depuis 2 semaines au moins, et qui est censé me rappeler d'effectuer des recherches d'archives sur Sihanouk, afin de préparer pour février un documentaire radio sur la complexité du personnage, son extraordinaire parcours, ses ambiguités. Depuis la naissance de ce projet, je lui ai donné un titre provisoire: L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, Roi du Cambodge. Du nom d'une pièce de Hélène Cixous, vu dans une récente et magnifique version montée par des jeunes acteurs cambodgiens au Théâtre du Soleil à Paris, reprenant la mise en scène initiale d'Ariane Mouchkine.  

    Je lis mon post-it: il y est écrit Sihanouk -> liste d'archive. Je le pose devant mon clavier dans l'idée d'aller aujourd'hui aux archives, demander que l'on fasse cette recherche le plus rapidement possible. A ce moment-là, une collègue me salue. Elle me trouve un peu étrange, terne. Bon. Air du moment, pensais-je. Cela doit signifier quelque chose, mais je n'interprète pas. Il pleut, le genou flanche, la semaine est chargée. Alors, méditant sur cette interruption amicale, je regarde à droite sur mon bureau, dans le vague, mélancolique mais pas triste. Je vois des piles de papiers à trier, trop de piles d'ailleurs, et puis des livres qui s'accumulent, qui attendent leur heure, et tout au bout du bureau surchargé, un livre couché sur le dos, et que j'ai dû recevoir il y a quelques jours. Je prends le livre en main. Il s'agit du "Bonheur d'avoir une âme" de Bertrand Leclair, et trouvé dans un rayon récemment en m'intéressant à l'auteur, dont j'avais lu le livre sur "L'industrie de la consolation". Ce livre de 2004, annonce une réflexion sur la notion d'âme dans la philosophie et la littérature. Les noms de Proust, Artaud, Nietzsche et Foucault sont cités en 4ème de couverture.

    J'ouvre le livre au hasard, pour voir. Et je tombe directement sur le début d'un paragraphe qui commence ainsi, par une parenthèse (p.55):

    "(Je crois que c'est dans L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, Roi du Cambodge, écrit par Hélène Cixous pour le Théâtre du Soleil au moment précisément où Michel Foucault effectuait son large virage, je crois que c'est dans cette pièce d'une ampleur extraordinaire donnée au milieu des années 1980 que résonne ce cri au plus cruel, au plus tragique de l'Histoire contemporaine, alors que sur scène les khmers rouges ravageaient l'humanité toute entière à travers le Cambodge dévasté, une fois "Phnom Penh libéré !"(comme avait titré Le Monde en 1975), que résonne ce cri comme rebondi d'un insondable puits de désespoir: "Croire en l'homme ! Il faut croire en l'homme !", pourtant jusqu'à la lie, jusqu'à l'absurde, comme disait Artaud, et chanter encore pour ne pas vivre déjà mort.)"

    Que dire ? Que ce genre de moments épiphaniques m'arrive fréquemment ? Qu'annoncent-ils ? Pourquoi les choses se formulent-elles ainsi ? Comment fonctionne ce jeu de correspondances, de signes, de relations ? Suis-je particulièrement attentif à cela ?

    Le moment reste suspendu une partie de la matinée. Je le prends comme un cadeau. Avant l'heure.

    David Collin, le 18.12.12, Lausanne









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